10 raisons pour une transition énergétique participative au Maroc

10 raisons pour une transition énergétique participative au Maroc

11. Jun. 2018 par Thomas Blanchet, Carsten Herzberg et El Mostafa Jamea
Heinrich Böll Stiftung Afrique du Nord RABAT
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Date of Publication: May 2018
Number of Pages: 28
License: CC-BY-NC-ND 3.0
Language of Publication: Français

La transition énergétique est devenue un thème central pour de nombreux pays au cours de ces dernières années. Le passage des énergies fossiles aux énergies renouvelables représente à la fois un véritable défi (barrières de nature technique, administrative, politique, financière mais également en termes de compétences professionnelles) et une réelle opportunité (développement économique, création d’emplois, augmentation du taux d’accès à l’énergie, réponse aux changements climatiques) pour les pays s’étant lancés dans de telles réformes. La transition énergétique semble même y représenter une nécessité pour pouvoir maîtriser les émissions de gaz à effets de serre, assurer une meilleure indépendance énergétique tout en faisant face à une croissance de la demande énergétique.

Parmi les pays s’étant lancés dans une telle réforme, le Maroc fait figure de « locomotive africaine de la transition énergétique ». Depuis quelques années, le royaume, hôte de la conférence des Parties sur les changements climatiques de 2016 (COP 22), s’est fixé des objectifs ambitieux en matière de stratégie énergétique. Afin de réduire sa dépendance énergétique et de diminuer ses émissions de gaz à effets de serre, le pays veut notamment atteindre 52% de la capacité électrique installée avec des énergies renouvelables d’ici 2030. Celui-ci a fait également d’importants efforts en matière de gestion de la diversité, avec sa volonté de prendre en compte la question du genre dans ses politiques climatiques et de soutenir la contribution des femmes face aux problèmes énergétiques et climatiques.

Malgré cette stratégie ambitieuse, la société civile organisée et des citoyens semblent être encore trop peu impliqués dans la réalisation de projets liés à la transition énergétique. En 2013 déjà, de nombreuses associations citoyennes avaient clamé, dans le cadre de la 4ème Conférence Desert Tech organisée à Rabat, que la transition énergétique n’était possible qu’avec l’implication de la société civile, notamment concernant l’acceptation sociale des transformations nécessaires et l’engagement des citoyens. Une comparaison avec d’autres pays ayant déjà fait l’expérience d’une participation citoyenne dans les projets énergétiques pourrait éclairer le Maroc sur les bienfaits potentiels d’une transition énergétique participative. Sous le terme transition énergétique participative, nous comprenons ainsi une transition énergétique avec les citoyen-ne-s et pour les citoyen-ne-s. Il s’agit d’une transition énergétique essentiellement basée sur une production d’énergie décentralisée pouvant venir compléter les projets d’énergies renouvelables à grande échelle déjà en opération ou en planification au Maroc. En fonction de l’échelle des projets de transition énergétique, différentes modalités de participation citoyenne sont envisageables. Nous distinguons ici trois modalités concrètes de participation variant donc en fonction de l’échelle du projet mais également du degré d’implication des citoyens : 

  1. Une participation indirecte des citoyens à travers la prise en compte de leurs intérêts dans la planification et la réalisation de projets de transition énergétique.

  2. Une participation à la transition énergétique à travers la mise à disposition d’informations et la mise en place de débats et consultations pour les citoyens.

  3. Une participation plus directe dans les prises de décision en matière de politique énergétique ou dans le cadre de projets de production ou de sobriété énergétique. Notons que cette forme reste à ce jour quasi-inexistante.

Le présent document de réflexion a pour objectif de rapporter les voix de la société civile dans le domaine de la transition énergétique au Maroc. En se basant sur 8 entretiens avec différents membres de la société civile et une étude de documents, il adresse la question suivante : Comment la société civile perçoit-elle son implication dans la transition énergétique marocaine et ainsi que les bénéfices qu’elle pourrait en tirer ? Les entretiens ont été conduits auprès de 6 acteurs et actrices marocain-e-s (membres d’ONGs, journalistes, intellectuel-le-s, élu-e-s, militant-e-s politiques et scientifiques). Afin d’obtenir une perspective plus générale sur la transition énergétique participative et ne pas se restreindre au seul contexte marocain, 2 activistes et politicien-ne-s allemand-e-s engagé-e-s dans la transition énergétique à Berlin ont également été interrogé-e-s. Ces entretiens ont été complétés par une étude de documents sur la transition énergétique au Maroc et la transition énergétique participative de manière générale. Les documents étudiés (voir liste en annexe) regroupent des rapports techniques, documents politiques, études scientifiques et articles de presse, réalisés par différent-e-s expert-e-s du secteur de l’énergie.

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