Résilience : S’adapter pour le meilleur et pour le pire…

Il y a quelques mois à peine, nous pension encore que les épidémies étaient d’un autre temps…

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Un Maroc post-covid plus résilient et écologique

Il y a quelques mois à peine, nous pension encore que les épidémies étaient d’un autre temps… Pour nous et pour beaucoup de personnes de notre génération, nous avons connu jusque-là une vie sans réelles grandes catastrophes. Certes, nous savions par les médias que la situation était loin d’être aussi tranquille dans certains coins du monde, et certains témoignages de nos aînés étaient toujours là pour nous rappeler une fois de temps à autre, les temps de la peste ou du choléra qui nous semblaient jusqu’à aujourd’hui bien lointains et révolus.

On a voulu depuis plusieurs années éliminer de notre vie toute forme de danger, d’accident ou même d’inconforts. Nous nous sommes constitués en communautés et nous avons tenté de bâtir des environnements et des lieux de vie « sûres » censés nous garantir notre survie en considérant un certain confort avec tout ce que cela implique: vie en société, urbanisation, industrialisation, découverte et utilisation de nouvelles sources d’énergie, agriculture et élevage intensifs visant à maximiser la production…

Mais malgré le monde avancé dans lequel nous vivons et tous les progrès que nous avons accomplis, la crise du COVID-19 a fait ressortir certaines de nos vulnérabilités les plus profondes sur les plans sanitaire et socio-économique. Mais elle a surtout permis de révéler un des comportements les plus primitifs de l’homme, celui de devoir composer avec un environnement hostile et incertain dans lequel il devrait constamment et continuellement assurer sa survie.

 

L’Homme, cette espèce vulnérable… comme les autres

Seulement voilà, l’Homme semble avoir été victime de son progrès et de ses réalisations -certes extraordinaires-, et s’est laissé dépasser par sa folie des grandeurs et sa mégalomanie, persuadé et convaincu de dominer le monde et l’environnement dans lequel -et grâce auquel- il vit.

Imprévue, la crise du COVID est survenue, remettant en question cette vision anthropocène du monde où l’homme est consacré comme l’espèce dominante ayant réussi à domestiquer la nature et à y puiser les ressources nécessaires à sa survie et à sa double prodigieuse expansion démographique et économique.

Le constat est sans appel : un virus imperceptible peut ainsi venir bouleverser l’ordre des choses, réduisant l’homme à sa juste valeur : à savoir une espèce comme une autre dans un écosystème global et partagé, luttant pour sa survie …

 

La résilience… face aux aléas de la vie et de l’existence

Nous savons désormais que notre existence est vulnérable et que nous devons constamment composer avec l’imprévisible, développer nos capacités et tenter de notre mieux de résister aux aléas de la vie, de nous adapter continuellement, de nous relever et de pouvoir aller de l’avant pour faire suite aux crises et aux ruptures… Ne serait-ce pas cela qu’on appelle la résilience ?

Concept à priori abstrait pour beaucoup d’entre nous, la résilience serait cette souplesse et cette capacité à rebondir dans l’adversité, à dépasser l’imprévu avec tout ce qu’il comporte de chocs et de crises et à s’adapter. C’est considérer le facteur risque de manière intégrée… C’est estimer que les problèmes et les aléas de la vie ne sont pas chose anormale, qu’ils font partie de la vie, et que nous sommes capables de les surmonter.

La résilience, c’est la capacité d’une personne ou d’un groupe à se développer, à continuer à se projeter dans l’avenir, et ce même en présence d’événements déstabilisants et de conditions de vie difficiles… c’est bien de cela dont nous avons besoin en cette période actuelle de crise.

Il va sans dire que la pandémie du COVID-19 a occasionné une crise systémique mondiale à plusieurs niveaux (sanitaires, économiques, politiques, sociales et sécuritaires) permettant ainsi de mettre au premier plan le facteur de résilience.

Comment y faire face ? Comment composer avec l’incertitude et faire face à l’adversité en tissant des solidarités ?  Autant d’aptitudes primaires que la présente crise du coronavirus a fait resurgir…

 

Et si quelque chose de salutaire pouvait ressortir de ce moment déstabilisant que nous partageons collectivement?

La résilience nous convie dans ce sens à changer notre regard sur notre réalité et notre existence, à pousser notre réflexion un peu plus loin, à étendre notre action à notre environnement et à questionner nos conditions et nos modes de vie.

En faisant état de nos vulnérabilités environnementales et sociales, et en pointant du doigt certaines des défaillances institutionnelles de nos systèmes et les limites de nos sociétés actuelles, cette crise sanitaire nous a, un peu malgré nous, forcé à réduire nos déplacements, notre consommation et notre production. Peut-on prétendre qu’elle a ainsi eu des effets bénéfiques -même forcés et pas vraiment volontaristes-  pour la planète?

Sans doute ... puisque la crise actuelle a permis de mettre sur le devant de la scène l’urgence de changer nos modes de consommation, de production, d’approvisionnement, de gestion de nos ressources… en somme de revoir de fond en comble nos modes de vies et nos systèmes.

 

Qu’en est-il de notre situation au Maroc ?

Ici aussi, les mesures prises pour limiter la propagation de l’épidémie ont brutalement réduit la consommation, limité les déplacements et paralysé une grande partie de la production.

Souffrant déjà d’une sécheresse bien entamée en ce début d’année 2020 et ayant une économie essentiellement dépendante de l’agriculture et du tourisme, les conséquences du COVID-19 se sont beaucoup fait ressentir sur notre société. L’interruption des arrivées de touristes, la saison agricole compromise et la baisse des débouchés pour les exportations frappent durement des secteurs entiers, tandis que l’arrêt brusque et soudain de la production laisse craindre des ruptures d’approvisionnement non seulement pour les consommateurs, mais également pour certains producteurs s’approvisionnant eux-mêmes auprès du marché international (notamment chinois…) par manque de ressources ou d’expertise au niveau local et national…  

La crise actuelle nous rappelle ainsi combien nos économies sont interdépendantes. Et nous sommes directement concernés, étant un pays dont la dépendance énergétique s’élève à plus de 90% et dont les 2 piliers de l’économie restent le tourisme et l’agriculture, tous 2 fortement menacés par la sécheresse d’une part et le coronavirus de l’autre…

Tous ces facteurs combinés ne semblent pas procurer des fondations solides nécessaires pouvant nous assurer une résilience efficace et acceptable face aux chocs. Notre économie, comme celle de nombreux pays d’Afrique, est encore fortement tributaire de paramètres sur lesquels nous avons peu de contrôle, et risque de vaciller à la moindre crise.

Il s’avère donc particulièrement pertinent de parler de résilience en ces temps, même si le passage du concept à l’application, bien que séduisant, ne paraît pas aussi évident et personne n’en détient la recette magique.  Aujourd’hui, il est à reconnaître que les autorités gouvernementales marocaines ont bien pris certaines mesures pour lutter contre la propagation du virus, mais il faudrait être conscient que celles-ci n’ont d’impact que si elles sont actionnées et soutenues par des initiatives émanant des communautés elles-mêmes au niveau des villes et des territoires.

Une crise …  Ou une opportunité pour un changement de paradigme et l’espoir d’un Maroc plus résilient et écologique

Aujourd’hui, s’il faut admettre une chose, c’est que cette pandémie vient nous rappeler nos limites et notre vulnérabilité face à des crises d’ordre naturel et épidémique. La crise déclenchée par la pandémie mondiale du COVID-19 a mis un coup de projecteur sur les dérives du système actuel et les fragilités de nos sociétés. Ce passage historique interpelle la résilience à plusieurs niveaux et devrait nous pousser à revoir notre modèle et à le réinventer.

Et si on profitait de cette situation d’exception pour exiger que les cartes soient rebattues ?

Ne gagnerait-on pas à développer notre résilience en imaginant et en explorant des pistes plus durables à la lumière d’une politique ambitieuse et volontariste de transition écologique ?

Un petit nombre de citoyens et de citoyennes engagé(e)s ont déjà initié un travail de réflexion à ce propos et entamé certaines expériences pratiques ayant permis d’ouvrir la voie. Ces acteurs ont travaillé à réduire leur consommation, à produire des aliments et de l’énergie localement, à investir et à soutenir des économies locales et à préserver les écosystèmes locaux…, etc.

Cette crise que nous traversons s’avère être une opportunité pour remettre en cause les anciens paradigmes, apporter un nouveau regard sur notre existence et envisager un lendemain meilleur.

C’est ce que nous vous proposons à travers cette série de textes et de scénarios décrits par des personnalités engagées chacune dans son domaine d’expertise, et qui tentent d’esquisser le portrait d’un Maroc qu’ils imaginent résolument plus résilient et durable.

Certains diront peut-être que c’est de l’ordre de l’utopie… Peut-être…

Ce sont tout au moins des scénarios d’espérances réalistes que nous partageons avec vous et qui se veulent être loin d’un cynisme désabusé, d’un fatalisme passif et d’attentes illusoires.

Il est vrai que les temps sont difficiles, certes, mais ils sont aussi pleins de possibilités, d’opportunités et d’espoir … Alors permettons-nous de les imaginer sous un meilleur jour…

UN MAROC … TOUT EN ECOVILLAGES
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