Gestion des déchets : Le Maroc, vers une success story ?

Gestion des déchets : Le Maroc, vers une success story ?

Reportage vidéo — Droits de création d'image

La gestion des déchets s’impose comme un défi colossal au Maroc, notamment pour les collectivités territoriales qui sont responsables de la gestion des déchets. Par contre, quelques villes pionnières démontrent des bons exemples, tel que l’histoire de Yassine Mazout, ancien chiffonnier et aujourd’hui président de la coopérative Attawafok à Rabat.

Au Maroc, pays témoignant d’une transition sur tous les plans en la matière, la gestion des déchets s’impose comme un défi colossal que les parties compétentes sont appelées à relever au profit de l’intérêt général et du bien-vivre de tous.

En effet, la responsabilité de la gestion des déchets, qui est une activité très récente au royaume nord-africaine, incombe aux collectivités territoriales. C’est le cas, par exemple, de la gestion des déchets ménagers, qui relève de la compétence des collectivités territoriales, lesquels sont appelées à s’engager dans l’instauration des décharges contrôlées, qui se sont imposées comme un nouveau standard depuis 2002.

Les décharges contrôlées sont toujours un savoir-faire non acquis par un ensemble d’autres communes, ce qui entraine des impacts néfastes sur la santé publique et l’environnement. 

Dans ce sillage, et face à un paysage en mutation rapide, la gestion des déchets s’avère d’une urgence poignante. Dans les quatre coins du Royaume, les décharges s’amplifient de plus en plus et deviennent grands facteurs de pollution.

Dans ce sens et à l’aune de ses engagements internationaux, le Maroc a adopté une réglementation intitulée « loi relative à la gestion des déchets et à leur élimination »[1] ayant pour objectifs affichés de prémunir la santé de l’Homme, respecter sa dignité humaine et protéger l’écosystème environnemental. Cette loi a ensuite été complétée par le décret sur la gestion des déchets dangereux promulguée en 2015.[2]

Il est à noter que les dispositions de la loi susmentionnée s’appliquent sans préjudice aux établissements insalubres, incommodes ou dangereux, aux ressources en eaux, à l’exploitation des carrières, à l’hygiène publique, à l’assainissement liquide urbain, ainsi qu’aux bureaux municipaux d’hygiène. De même, ces dispositions couvrent toutes les catégories de déchets tels que les déchets ménagers, industriels ainsi que les déchets médicaux et parapharmaceutiques, entre autres. Ainsi, cette loi prévoit un pacte de responsabilité partagé entre citoyens, industriels et collectivités territoriales.

Pour atteindre cette finalité, les responsabilités ont donc été partagées. Dorénavant, la gestion des déchets relève de facto du ressort des collectivités territoriales. Les Marocains géraient leurs déchets par le biais de leurs propres moyens. Ce n’est qu’en 2002 qu’ils ont assisté à l’installation de la première décharge contrôlée conformément aux normes environnementales. De ce fait, la gestion des déchets est une affaire récente au Maroc.

Il n’est donc pas étonnant qu’un manque d’expérience et de savoir-faire soit observé à l’échelle de la gestion publique de la chose. La majorité écrasante des déchets est toujours placée dans des zones non contrôlées et choisies arbitrairement, lesquelles zones sont dites « décharges sauvages ». Ces zones abritant des décharges ménagères ou autres, se trouvent aux alentours de douars peuplés, entrainant fatalement un impact néfaste sur la santé publique des populations locales.

Cette situation alarmante a interpelé plusieurs communes au Maroc, à l’exemple de celles d’Agadir ou encore de Chefchaouen[3], dont l’initiative portée consiste à affecter la tâche de collecte de déchets à une entreprise privée et prévoir d’expérimenter un tri professionnel. Une telle démarche ambitionne, in fine, d’ériger des éco-villes.

Parmi les histoires inspirantes de cette conjoncture, figure celle de Yassine Mazout, ancien chiffonnier et aujourd’hui président de la coopérative Attawafok qui gère le tri des déchets sur le site de la décharge contrôlée d’Oum Azza à Rabat.

Son histoire constitue l’exemple d’un succès participatif et écologique.

Rabat, l’exemple d’un pari gagné 

Titulaire d’une licence en Histoire à l’université Mohammed V, Yassine Mazoute est une figure emblématique de la gestion des décharges sauvages. Ainé d’une fratrie composée de plusieurs enfants, Yassine a vu sa vie basculer du jour au lendemain après le décès de son père. Passant d’une enfance insouciante à une responsabilité précoce forcée, Yassine devait assumer le rôle du père et subvenir aux besoins de sa famille, se convertissant ainsi en récupérateur informel.

C’est au site de Akrach que Yassine s’est érigé en fin connaisseur de décharges sauvages, sans pour autant céder à ses études. Tenace, il se déplaçait à l’école par camion de déchets. Tout en menant ce parcours de combattant, Yassine n’a pas perdu l’espoir de voir un jour l’organisation des décharges sauvages réformée et rendue formelle. Il avait l’intime conviction qu’une telle réforme pouvait impacter positivement le quotidien de beaucoup de familles dont la vie dépend de cette activité économique subalterne.

En effet, la récupération informelle de déchets est une pratique généralement menée par des franges sociales pauvres au niveau d’éducation faible. Pour ces groupes, cette pratique constitue un gagne-pain, un moyen de survie au quotidien.

Au final, le souhait de Yassine s’est vu réalisé, et ce avec l’avènement de la réforme mise en œuvre pour la gestion des déchets et leur élimination[4]. Cette réforme a été suivie de l’initiative menée par la commune de Rabat qui, consciente de l’impact social et économique qu’une décharge contrôlée pourra engendrer, a trouvé dans le site d’Oum Azza, située à quelques kilomètres de Rabat, un projet en mesure d’apporter un changement positif non négligeable tant en termes de gestion des décharges sauvages que par rapport à l’amélioration de la situation socio-économique des ceux qu’on désigne par le terme « Mikhala » [5], et dont la vie dépend de cette activité.

Rappelons à cet égard les derniers chiffres officiels qui indiquent que la région de Rabat compte environ 4.580.866 habitants produisant des tonnes de déchets ménagers[6]. Cet état de fait a interpelé la commune urbaine de Rabat, qui s’est engagée dans la recherche d’alternatives innovantes et efficaces en la matière.

C’est dans ce cadre que s’inscrit l’action de convertir Oum Azza en décharge contrôlée. Par le biais de ce site, le chiffonnier contribue à la rationalisation de la collecte des déchets de Rabat et des alentours et œuvre à leur recyclage. Selon Yassine Mazoute, le chiffonnier a finalement le respect et la considération qu’il mérite du fait qu’il contribue à la protection de l’environnement et lutte contre sa dégradation.

Aujourd’hui, Yassine est président de la coopérative des chiffonniers Attawafok (Accord), qui est devenue pionnière en la matière à l’échelle nationale. La vidéo attachée au présent article relate des bribes du parcours inédit de ce jeune homme à la volonté de fer qui, quinze ans durant, a traité toute sorte de déchets en tant que chiffonnier. Elle témoigne aussi du processus de traitement des déchets assuré par la coopérative qu’il dirige, tel que nous l’avons constaté lors de la visite de terrain que nous avons menée sur les lieux du site. 

D’abord, les camions de collecte déversent leur cargaison de quelques tonnes de déchets par jour, ces déchets passent via un tapis dans une cribleuse, où chaque employé de la coopérative récupère un type de matière. Ces employés se sont ainsi convertis en de vrais professionnels du tri, et ne sont plus ces chiffonniers d’antan qui parcouraient vulnérables les rues de jour comme de nuit.

La commune de Rabat s’est ainsi engagée dans une optique de gestion rationnelle des déchets. Le défi à relever demeure celui de contribuer à une production effective du biogaz, qui figure aussi comme l’objectif suprême à atteindre.

Qu’en est-il est des autres ?  

Aujourd’hui, à l’échelle du pays, seuls les déchets des décharges contrôlées sont triés. C’est dire que l’essentiel des déchets n’est toujours pas exploité. Cependant, le Maroc voit dans la gestion des déchets une source d’emploi et d’énergie.  

L’implémentation du PNDM (Plan National des Déchets Ménagers)[7] tel que défini en 2008, avait pour ambition de mettre en place des décharges contrôlées au niveau de 100% de communes urbaines en 2015. Cependant, la réalisation de cet objectif a été repoussée jusqu’à 2020.  Les décharges contrôlées opérationnelles sont encore peu nombreuses, ne dépassant pas une vingtaine sur un objectif initial de 75 fixé à l’horizon de 2020.[8]

Au jour d’aujourd’hui, cette stratégie compte du bon et du moins bon. Si Oum Azza présente une expérience exemplaire, il en est tout autre pour la décharge de Médiouna. En effet, cette dernière continue d’accumuler des déchets sur des dizaines de mètres de hauteur, accentuant les risques de pollution des nappes phréatiques dus aux écoulements des lixiviats, liquide hautement toxique résultant du stockage des déchets sous l’effet de l’action combinée de la fermentation naturelle et de l’eau de pluie.

Parmi les autres risques majeurs de cette décharge, figure celui des gaz toxiques soufflés vers la ville de Casablanca. Par ailleurs, la décharge en question se trouve à proximité de plusieurs douars dont les populations souffrent d’ores et déjà de maladies cardiovasculaires et dermatologiques.

Cette décharge compte des centaines de « récupérateurs » l’exploitant de manière illicite et travaillant dans des conditions très difficiles.

Contrairement à l’exemple incarné par la décharge d’Oum Azza, la décharge de Médiouna et les multiples menaces qu’elle représente sur l’environnement et la santé publique interpellent quant à la nécessité de conférer à la gestion des décharges une importance suprême.  

La gestion des décharges est, somme toute, une affaire multisectorielle qui appelle à la conjugaison des efforts de plusieurs parties prenantes : récupérateurs, collectivités territoriales et même consommateurs, qui sont appelés à observer un comportement civique sensible à la dimension écologique. La nécessité que les pouvoirs publics accélèrent la rationalisation et le contrôle de ces espaces s’avère vitale. Elle devrait s’imposer comme une priorité au sein des politiques publiques, et passer en avant et au-dessus de toute autre considération.

 

[1] Plan national des déchets ménagers

[2] Plan national des déchets ménagers

[3] Plan national des déchets ménagers

[4] Plan national des déchets ménagers

[5] Terme péjoratif en dialectal marocain se référant au chiffonnier

[6] Recensement des habitants, Haut commissariat au Plan (HCP) en 2014

https://www.hcp.ma/region-rabat/attachment/775960/

http://rgphencartes.hcp.ma/

[7] Secrétariat d’Etat auprès du ministre de l’énergie, des mines et du développement durable, chargé du développement durable

http://www.environnement.gov.ma/fr/component/search/?searchword=PNDM&searchphrase=all&Itemid=471

[8] PNDM (Plan National des déchets ménagers)

Contenu similaire

  • « Zero Mika » : 2 ans après, tout reste à faire !

    Le Maroc est un des 16 pays Africains à avoir interdit les sacs en plastique, et notre pays a été largement applaudi pour cela en 2016, à l’occasion de la COP22. Malheureusement, quiconque se balade aujourd’hui dans les marchés et les commerces de proximité, devra se rendre à l’évidence : l’interdiction des sacs en plastique au Maroc n’est plus appliquée.

    By Mamoun Ghallab
  • La Nécessité d’un Effort International Contre le Plastique

    En face du fléau de la pollution plastique à l’échelle mondiale, la seule solution viable au problème consiste à empêcher les déchets plastiques de finir dans les océans en premier lieu. C’est la raison pour laquelle le nouveau rapport En Finir avec la Pollution Plastique Mondiale préconise de lancer des négociations sur une convention internationale sur les plastiques.

0 Commentaires

Ajouter un commentaire

Ajouter un commentaire